CDL FEVRIER 2019

 

 

 

 

Thème : LA VENGEANCE

 

Même ceux qui ont oublié le nom de Sabine Paturel se souviennent de sa chanson « Les bêtises » CLIQUEZ ICI quiavait ensoleillé l’année 1986. Impossible de célébrer les affres de la vengeance avec plus d’espièglerie. Cet énorme succès lui a pourtant laissé un goût amer : s’estimant flouée par son producteur, elle renonçait définitivement à la chanson quatre ans plus tard pour ne se consacrer qu’au théâtre.  SW 

 

 

  *Les spectres de la terre brisée, de S.Craig Zahler, Ed. Gallmeister - 2018

 

 

 

 

Au cours de l’été 1902, les deux filles adorées de l’ancien chef de gang John Lawrence Plugford sont kidnappées aux États Unis et contraintes à la prostitution dans un bordel   caché dans un ancien temple aztèque au cœur des montagnes du Mexique.

 

Pour les sauver, leur père organise une expédition avec ses deux fils Brent et Stevie, assistés de trois de ses anciens acolytes : l’esclave affranchi Patch up, l’indien Deep Lakes, le roi de la gâchette Long Clay et enfin Nathaniel Stromler, jeune homme cultivé (il parle couramment espagnol), ambitieux et désargenté qui leur servira de traducteur en contrepartie d’une somme d’argent très alléchante.

 

La quatrième de couverture nous promet « un western impitoyable qui balaie tout sur son passage, comme un film de Tarantino au volume poussé à fond ». Et c’est exact ! Lawrence Plugford et ses sept salopards nous y entraînent durant les 392 pages du récit, où les thèmes de la vengeance et de l’expédition punitive sont associés à un mélange de genres : le western, le gore, le comique et le tragique.

 

C’est un livre remarquablement bien écrit, il vous embarque dans une aventure époustouflante avec toutefois une violence parfois difficilement soutenable, on en ressort complètement sonné !! Ames sensibles s’abstenir. DM

 

 

 

 La vengeance du pardon, d’Eric-Emmanuel Schmitt, Ed. Albin Michel – 2017

 

 

 

 

Ce livre réunit quatre nouvelles ayant pour thème commun le pardon : Les sœurs BarbarinMadame ButterflyDessine-moi un avionet La vengeance du pardon.  Seule cette dernière est aussi consacrée à la vengeance. Au début du récit, une femme va rendre visite à un détenu, attitude que tout son entourage désapprouve. Et pour cause : c’est le violeur et l’assassin de sa fille ! Qu’est-ce-qui pousse une mère à faire cela ? Elle-même ne semble pas savoir ce qu’elle attend. Elle improvise. Elle découvre un homme qui ne regrette rien, qui nomme ses victimes par numéro d’ordre de ses crimes. Elle veut le faire parler. Bientôt, le prisonnier attend ses visites, car ce sont les seules qu’il reçoit. Il lui parle de son enfance et de ses deux abandons, et perçoit grâce à elle les deux faces de sa personnalité. Elle lui pardonne et cesse brusquement ses visites. Pourquoi, alors que la brute s’est humanisée ? La réponse tombera comme un couperet, et témoignera de la perfection d’une vengeance absolue. 

 

En général, Éric-Emmanuel Schmitt traite un sujet par livre, avec une écriture simple. La psychologie de ses personnages est sans nuances. Ils font preuve de bons sentiments et si ce n’est pas le cas au départ, ils changent pour devenir meilleurs. Mais plus que les autres nouvelles du recueil, La vengeance du pardontémoigne d’une grande subtilité. L’auteur nous amène à nous poser des questions. Comment réagirions-nous face à l’assassin d’un enfant ? L’attitude de la mère est-elle courageuse ? Inconsciente ? Thérapeutique ? Pardonner pour se venger et faire souffrir, est-ce le sens du pardon ?  CP

 

 

 

  *J’irai cracher sur vos tombes, de Boris Vian, première parution Ed. Du Scorpion – 1946

 

 

 

 

Ce livre est le premier des quatre romans noirs édités sous le nom de “Vernon Sullivan”, écrivain américain imaginaire dont Vian prétendait être le traducteur (les trois autres étant Les morts ont tous la même peauEt on tuera tous les affreuxet Elles ne se rendent pas compte). La mystification, essentiellement destinée à lancer les Éditions du Scorpion en exploitant la mode des romans américains à l’époque (de préférence aussi scandaleux que ceux d’Henry Miller), ne fut pas sans conséquences pour Boris Vian : ses “véritables” romans eurent alors bien plus de mal à s’imposer que ceux de son double.

 

L’intrigue, comme celle des autres romans signés Vernon Sullivan (prétendument noir, ce qui a son importance), se déroule dans le Sud des États-Unis. Elle met en scène la vengeance d’un métis à la suite du lynchage de son frère, pour dénoncer le racisme dont sont victimes les Noirs américains). Lee, qui a 26 ans et est un métis à peau blanche, quitte sa ville natale pour s’installer à Buckton, localité imaginaire du Sud des États-Unis. Il y devient gérant de librairie, sympathise dans un bar avec les jeunes du coin et séduit quelques adolescentes. Un jour, il rencontre les sœurs Jean et Lou Asquith (17 et 15 ans), deux jeunes bourgeoises qu’il décide de choisir pour accomplir son sinistre dessein. Deux crimes dont le but est prémédité, mais pas les moyens. 

 

Jugé à l’époque immoral et pornographique, ce best-seller fut interdit en 1949, et son auteur fut condamné pour outrage aux bonnes mœurs.

 

Davantage “thriller” que roman policier, voilà un livre très dérangeant. On sait l’injustice que subissaient les Noirs. Mais aller jusqu’à venger la mort par la mort, est-ce la bonne solution pour combattre le racisme ? Lee n’est-il pas raciste lui-même ? Et puis, j’ai été très choquée par l’image des femmes dans ce roman. Elles tombent toutes sous le charme de Lee, lui sont soumises et ne réagissent pas aux répliques méprisantes de cet homme qui joue avec elles comme un chat avec des souris avant de les tuer. Je n’ai pas été choquée par la “pornographie” alors reprochée au roman, mais par la cruauté et la perversité de Lee, qui jamais ne paraît sympathique. Le livre est immoral, violent. Et pourtant, on le lit jusqu’au bout tout en se sentant mal à l’aise d’être “voyeur” des crimes de Lee. C’est donc un bon thriller, d’autant plus que l’écriture en est puissante.  CP

 

 

 

  Colomba, de Prosper Mérimée (première parution en 1840)

 

 

 

 

Est-il encore nécessaire de présenter la plus célèbre des nouvelles de Prosper Mérimée, qui lui fut inspirée près de Sartène par la vengeance bien réelle de Colomba Carabelli contre la famille Durazzo? Devenue un classique, c’est l’illustration même de la “vendetta” corse. En voici l’intrigue :  Colomba della Rebbia a vu périr son père, assassiné par son ennemi l’avocat Barricini. Celui-ci a su dissimuler son crime à la justice, mais ce n’est pas dans la loi que Colomba place l’espoir de sa vengeance. Elle a un frère, Orso della Rebbia, lieutenant en demi-solde dans la garde impériale, qui doit bientôt revenir en Corse. Étant maintenant le chef de la famille, c’est lui qui, selon la tradition corse, doit venger son père. Lorsqu’Orso, si longtemps attendu, revient enfin au pays, Colomba découvre que son séjour sur le continent lui a inculqué d’autres sentiments que ceux de ses compatriotes : il déteste la vendetta. Colomba pousse alors, avec un mélange d’amour fraternel et d’ardeur de vengeance, son frère à un meurtre expiatoire qu’elle aurait accompli elle-même si elle n’avait eu la conviction que l’exécution de la vengeance revenait à son frère, en tant que chef de la famille.Tiraillé entre le désir de vengeance attisé par sa sœur et son propre sens de la justice, Orso est de surcroît très sensible à l’avis de ses nouveaux amis anglais...

 

Souvent étudiée à l’école, cette histoire est bien construite et ne manque pas d’attraits. Notamment grâce au contraste entre les mœurs rudes des Corses, dans un paysage pittoresque, et le raffinement du colonel et de sa fille, Anglais fortunés en voyage à l’étranger (ils font presque penser à des personnages de Jane Austen). Je vois avec plaisir que Bertocchini et Sandro en ont tiré une BD. Éditée en 2012, elle peut être une agréable manière d’aborder ce classique pour des jeunes parfois rétifs à la lecture et peu sensibles à la littérature du XIXe siècle. SV

 

 

 

  *Couleurs de l’incendie, de Pierre Lemaître, Ed. Albin Michel – 2018

 

 

 

 

Ce roman est la suite d’Au revoir là-haut, du même auteur, qui obtint le prix Goncourt en 2013. Il débute en 1927 lors des obsèques du magnat de la finance Marcel Péricourt. Sa fille Madeleine, séparée de son mari et mère du petit Paul, âgé d’une dizaine d’années, hérite de la majeure partie de son empire financier et est censée en prendre la direction. Mais Paul est victime d’un très grave accident le jour des obsèques, et sa mère se désintéresse de ses responsabilités pendant plusieurs mois pour le soigner. Il survivra par miracle, mais restera en partie paralysé.

 

Pendant cette période, l’oncle de Madeleine, le fondé de pouvoirs de la banque Péricourt (son conseiller), le précepteur de son fils (qui fut aussi son amant) et la gouvernante de Paul (qu’elle croyait son amie) sont responsables à des degrés divers de l’effondrement de l’empire familial et de sa déchéance personnelle. Des spéculations hasardeuses lui ont été conseillées à dessein par certains d’entre eux, dans le seul but de la spolier de sa fortune. Par ailleurs, elle découvre peu à peu que le précepteur de Paul est pédophile et serait responsable de son accident. Dès lors, elle construit une implacable vengeance.

 

Ce roman a pour toile de fond l’atmosphère de l’époque, entre crise économique, compromissions, corruptions et apparition des premières « couleurs de l’incendie » qui ravagera l’Europe dès la fin des années trente. Il relate aussi avec force détails comment Madeleine va se venger, de façon terrible et machiavélique, de tous ceux qui l’ont trompée et humiliée, elle et son fils. Cette femme que tout le monde a eu l’imprudence de sous-estimer ne recule devant aucune manœuvre, même illicite ; elle se montre patiente, inventive, cruelle, sans pitié et déterminée. Voilà un bon roman, qu’apprécieront tous ceux qui ont aimé le précédent. Il va sans dire qu’il vaut mieux les lire dans l’ordre.  FB 

 

 

 

  Le jour d’avant, de Sorj Chalandon, Ed. Grasset et Fasquelle – 2017 

 

 

 

 

Le 27 décembre 1974, à 700 mètres de profondeur, un coup de grisou tue 42 mineurs à la fosse Saint-Amé de Liévin, dans le Pas-de-Calais. A l’époque, cette tragédie suscite une émotion considérable. Aujourd’hui, elle s’efface peu à peu des mémoires. Dans le roman de Sorj Chalandon, une 43e victime –Joseph Flavent– succombe à ses graves brûlures 26 jours après l’accident sans jamais avoir repris connaissance. Inconsolable, son père se suicidera un an après. Ce double drame va hanter toute la vie de Michel Flavent, petit frère de Joseph. Laissons-lui la parole : “Venge-nous de la mine”, avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

 

D’habitude, les livres de Sorj Chalandon me passionnent. Et comme j’ai grandi dans le bassin minier, j’attendais beaucoup de celui-ci. Certes, j’ai lu sans déplaisir cette terrible histoire de vengeance obsessionnelle. Mais la sauce ne prend pas tout-à-fait : on sent à bien des détails que l’auteur est peu familier de la région et de son histoire ouvrière, ce qui cause des invraisemblances et quelques erreurs. En outre, le coup de théâtre asséné aux deux tiers du récit –je me garderais bien de le révéler– m’a donné la désagréable impression d’avoir été manipulé. Quant aux deux plaidoiries clôturant le long procès final, aucune ne m’a convaincu. Je trouve que le drame de Liévin méritait mieux. Pourtant, la critique a été dithyrambique. Suis-je trop exigeant ? Peut-être.  SW

 

 

  Rosy & John, de Pierre Lemaître, Ed. Le Livre de poche – 2014

 

 

 

 

Tout commence par une belle journée de printemps semblant tout droit sortie de la chanson “J’aime Paris au mois de mai”. Mais cette sérénité est anéantie d’un seul coup par une terrible explosion qui transforme en champ de bataille la rue Joseph Merlin. Miraculeusement, elle ne fera pas de morts, mais les dégâts sont effroyables. Un accident ? Pas du tout. Une bombe.

 

Un étrange jeune homme n’a rien perdu de la scène. Évidemment, car il est l’auteur de l’attentat. Loin de se cacher, il va se présenter à la police avec toutes les preuves de son forfait. Il se prénomme Jean, mais son vrai nom est John. Et avec un calme olympien, il explique avoir disséminé un peu partout six autres engins (des anciens obus de la Première guerre mondiale), qui exploseront les uns après les autres si on ne lui donne pas ce qu’il demande : la libération de sa mère Rosy, actuellement incarcérée, cinq millions d’euros et deux billets d’avions pour l’Australie. 

 

C’est à prendre ou à laisser. Pour le commissaire Camille Verhoeven, la course contre la montre vient de commencer.

 

Pierre Lemaître explique en préface avoir eu l’idée de ce très court roman à l’époque où il travaillait à la rédaction d’Au revoir là-haut, ce qui explique la référence aux obus de la guerre de 14. Rosy & John lui donne l’occasion de remettre en scène le commissaire Camille Verhoeven, flic brillantissime dont l’une des originalités est de ne mesurer qu’1,45m. Comme dans tous ses romans policiers, l’intrigue est à la fois haletante et menée avec une grande habileté. Quelle est la véritable motivation de John ? De quoi veut-il se venger ? Quelle est sa relation avec Rosy, bien plus inquiétante qu’il n’y paraît au premier abord ? Nous n’aurons la clef du mystère qu’à la dernière page. C’est très vite lu, mais c’est délectable.  SW 

 

 

 

  *Silence, de Didier Comès, Ed. Casterman – 1980

 

 

 

 

L'action de cette somptueuse BD (initialement publiée dans le mensuel A suivreen 1979), se situe à Beausonge, un petit village des Ardennes. Silence, qui est sourd-muet, pense comme il parlerait et comme il écrit, avec des fautes d'orthographe. Mais il ne rêve que d'une chose : voir la mer... En attendant, il sert d'homme à tout faire à Abel Mauvy, l'homme le plus puissant du village. Quand il peut grappiller quelques minutes de temps libre, Silence déambule dans la forêt. Il enfouit des objets dérisoires dans une pauvre caisse cachée sous un chêne. C'est un enfant doux et inoffensif, qui ne connaît pas la haine et qui, malgré les mauvais traitements que lui inflige son maître, garde l'esprit et le cœur purs.Et pourtant, s'il savait... 

 

Car derrière ses apparences de tranquillité, Beausonge dissimule un terrible secret. Et les secrets sont faits pour être découverts un jour. Le village deviendra pour Silence à la fois le lieu de son initiation et celui de sa perte. Mis au courant par celle qu'on appelle "La Sorcière" de sa véritable histoire et des drames qui l’ont entourée, Silence l'innocent traversera les épreuves sans céder à la haine et sera finalement vengé sans se salir. 

 

Depuis sa publication, ce conte fantastique n'a rien perdu de sa force onirique. Le trait tout en courbes de Comès et sa grande maîtrise du noir et blanc installent une atmosphère de plus en plus inquiétante au fur et à mesure de l'avancement du récit. Une superbe histoire de vengeances, de sorcellerie et de magie. D'amour, aussi...

 

L’histoire est complexe et lourde du passé. La narration est extraordinaire, les histoires personnelles s’entrecroisent, et les vengeances se succèdent. Le dessin en pur noir et blanc est d’une force extraordinaire et révèle le caractère des différents personnages. Lesquels ne sont pas tous flattés par des portraits qui sont les reflets de leurs âmes sombres. Un seul espoir : les dernières images, dans lesquelles s’ouvre un au-delà radieux qui venge ces vies pleines de malheurs. Elles sont aussi un clin d’œil à Hugo Pratt, car les oiseaux de mer y semblent venir tout droit d’une planche de Corto Maltese. Un immense classique de la BD. MM

 

 

 

  Moby Dick, BD de Christophe Chabouté, Ed. Vents d’Ouest – 2014  (D’après le roman d’Herman Melville paru en 1851)

 

 

 

 

Classique de la littérature américaine inspiré d’un fait réel, le roman de Melville raconte l'histoire du Pequod, baleinier commandé par le capitaine Achab. Cet étrange marin est obsédé par une grande baleine blanche : Moby Dick. L'équipage du Pequodpermet à Melville de multiplier les portraits et des analyses psychologiques ou sociales extrêmement fouillées ; l'action se déroulant sur ce seul baleinier, l'œuvre a souvent été qualifiée d'univers clos. Les descriptions de la chasse à la baleine, l'aventure elle-même et les réflexions du narrateur s'entrelacent dans une gigantesque trame où se mêlent des références à l'Histoire, à la littérature occidentale, à la mythologie, à la philosophie et à la science. 

 

La BD de Chabouté, dont le premiervolume a reçu le Prix " Gens de Mer " au festival Étonnants Voyageurs 2014, en donne une relecture particulièrement bienvenue.

 

Livre Premier : Soumis à des campagnes de pêche de plus de trois ans, aux dangers de l'océan et à ceux de la chasse elle-même, c’est avec un armement dérisoire et à bord de simples chaloupes que les marins s'exposent aux réactions redoutables de cachalots de plus de soixante tonnes. En plus de la chasse, ils doivent accomplir un harassant travail de remorquage, de dépeçage et de fonte du lard afin d'en extraire la précieuse huile de baleine ; souvent trois jours d'efforts continus sans le moindre repos... Les conditions de vie extrêmes de ces hommes, les dangers quotidiens où les matelots exorcisent leur peur en la muant en rage à l'encontre des cétacés qu'ils massacrent. Rage sournoisement attisée par cette folie de vengeance aveugle et obsessionnelle du capitaine Achab envers Moby Dick, le cachalot blanc qui lui a arraché la jambe par le passé.

 

Livre Second : Otage de l’obsession de son capitaine, le Pequod continue sa lente et inexorable mission. Car qu’importe le spermaceti, qu’importent l’huile et la richesse, Achab n’a pour seul objectif que de traquer et tuer la bête qui lui arracha la jambe : Moby Dick... un nom qui sonne comme une dangereuse légende. Un nom rempli d’effroi pour l’équipage et tous les baleiniers qu’ils croisent, forçats de la mer pourtant habitués aux périls de l’océan. Sur le sillage du cachalot blanc, les eaux sentent la mort... Consumé par sa soif de vengeance, Achab se décompose physiquement. Sa haine devient folie. Si bien que ses hommes s’interrogent : le réel danger est-il en mer ou à bord ?

 

Fidèle au récit et à l’esprit du roman d’Herman Melville, Chabouté met sa vision personnelle et sa maîtrise du noir et blanc au service de ce classique de la littérature américaine. Il en livre une adaptation magistrale, baignant dans le sang, l'huile et la sueur, à bord d’un navire baleinier de la fin du XIXesiècle. Confinant à la folie, l’acharnement à la vengeance mènera le bâtiment à sa perte. MM

 

 

 

  *Shi, BD en trois volumes de Zidrou et Homs, Ed. Dargaud – depuis 2017

 

 

 

 

T1 : Au commencement était la colère

 

Pour sa nouvelle série, le talentueux scénariste Zidrou propose un premier tome extrêmement déstabilisant. En effet, le récit débute à notre époque et s’articule autour d’un procès gagné par un marchand d’armes. Mais alors qu’elle s’annonce palpitante, l’histoire fait un bond en arrière et nous envoie en plein Londres victorien. Nous avons à peine le temps d’y découvrir deux jeunes femmes et une enfant courant sur les toits pour échapper à la police que l’intrigue refait un (petit) bond dans le temps et nous ramène en 1851, lors de la toute première Exposition universelle. Bien sûr, il faudra attendre la fin de l’album pour comprendre le lien entre ses trois époques. Le récit principal met en scène une noble Anglaise du nom de Jennifer, qui va enquêter avec une Japonaise nommée Kitamakura pour découvrir ce qui est arrivé à son bébé. Pourtant, aucune d’elles ne parle la langue de l’autre. Cette première partie est aussi sombre que prenante et aussi mystérieuse qu’intrigante. Bref, l’album est tout simplement excellent, et pas seulement par son intrigue. La mise en images de José Homs (Millenium) est tout bonnement excellente, en parfaite adéquation avec la puissance du récit. Si vous êtes fan de polar et d’ambiances sombres, vous ne serez pas déçu !

 

T2 : Le roi démon :  

 

Ce tome 2 reprend sept mois après le final du tome un, réitérant l’enfer et le malheur vécus par les deux héroïnes. En parallèle, Zidrou met en scène une nouvelle intrigue dans laquelle on croise notamment la Reine Victoria en personne, ou encore un certain Mister Kurb, entrevu dans le premier album. En sus, le scénariste continue d’alterner ce récit du XIXe siècle avec un récit contemporain où un fabriquant d’armes est la cible d’une organisation terroriste se faisant appeler « Shi». A la fois sombre, âpre, rythmée et mystérieuse, la série est toujours aussi captivante à lire et à découvrir. Parfois un peu perdu par les nombreux éléments, on finit toujours par reprendre pied lorsqu’ils se rejoignent efficacement. 

 

T3 : Revenge :  

 

Dans les deux tomes précédents, le scénariste Zidrou proposait deux intrigues évoluant en parallèle. D’un côté, une intrigue contemporaine où l’organisation «Shi» s’en prenait à un marchand d’armes et à ses collaborateurs ; et de l’autre, une intrigue située dans le Londres victorien, mettant en scène deux femmes broyées par un système qui les amènerait à créer ladite organisation. Pour cette troisième partie, l’album se déroule totalement en 1852. Elle nous montre les premières armes de Jennifer et Kita qui, après avoir souffert, décident de se venger de l’establishmentanglais. Parallèlement se déroulent d’autres intrigues tout autant passionnantes, à propos des agissements de la reine Victoria ou d’un mensonge familial chez les Winterfield. Cette troisième partie est excellente et réussit même à faire monter encore d’un cran l'intensité de la série, qui était déjà exceptionnelle ! Côté dessin, José Homs excelle de nouveau en mettant en scène les deux facettes de Londres, qui fait office de personnage à part entière.

 

Totalement bluffant tant sur le plan du scénario que sur celui du découpage, ce quadri type encore inachevé restitue à la fois la beauté et la noirceur du Londres victorien, qui broie les faibles au profit d’une élite. La revanche commencera peu après le début de l’intrigue et se poursuivra jusqu’à notre époque. Les protagonistes sont charismatiques et entrent en mémoire dès leur première apparition. Les dessins et les couleurs tout aussi bluffant par leurs variations et leur profondeur se font le parfait écho de la puissance du récit.Les allers-retours entre les époques déstabilisent au début, mais on s’y fait vite et le récit y gagne en intensité. J’attends avec impatience la parution du dernier opus et la fin de cette histoire. MM

 

 

PROCHAIN CERCLE DE LECTURE

SAMEDI 16 MARS 2019

“Leur premier roman”