CERCLE DE LECTURE DU MOIS D'AVRIL 2019

 

 

 

Le cercle de lecture du mois d’avril a pour thème «la poésie»

 

Pour Léo Ferré, chanson et poésie étaient indissociables. En 1960, alors que  la fortune lui souriait enfin après des années de mouise, il trouva des accents baudelairiens pour chanter la misère des poètes maudits, à laquelle lui-même commençait à peine à échapper CLIQUEZ ICI  Un an plus tard, ses adaptations de Louis Aragon l’installaient  définitivement dans la cour des très grands. Et en 1962, l’éditeur Pierre Seghers le couronnait de lauriers  en lui faisant côtoyer Paul Eluard, Henri Michaux ou Robert Desnos dans sa collection «Poètes d’aujourd’hui ». Au grand dam des bourgeois sourcilleux que ce chantre de l’anarchie honnissait par-dessus tout.  SW

 

 

PREMIERE PARTIE

 

  Paroles perdues, d’Alexandre Romanès, Ed. Gallimard -  2004

 

 

 

 

Né à Paris en 1951, Alexandre Romanès est une personnalité du monde du cirque et un poète tzigane. Issu de la cèlèbre famille gitane Bouglione, il a fondé en 1993 avec son épouse Délia le premier cirque tzigane du continent européen. Avec leurs six enfants et leurs six petits-enfants, ils voyagent et font connaitre au mieux la culture tzigane, à laquelle Alexandre Romanès a consacré trois recueils de poèmes, dont celui-ci. En 2016, il fut le premier Tzigane à recevoir la Légion d’honneur.  L'écriture, nous dit-il, “n'est pas une tradition gitane. La poésie me semblait trop haute pour moi, inaccessible, et puis la vie je voulais la vivre, pas l'écrire. Je m'étais fait une raison mais pas le ciel. Lentement, au rythme des saisons qui passent, j'ai rempli un cahier d'écolier. Ce que je sais, c'est qu'il y a des poètes que j'admire. Peut-être que je n'ai pas supporté de les voir passer. J'ai voulu être l'un des leurs.”

 

 Dans une langue empreinte d’élégance et de simplicité, Alexandre Romanès s’émerveille des éléments les plus modestes de notre vie quotidienne, lève le voile sur une culture tzigane injustement méprisée et se montre volontiers critique envers la société actuelle. A sa manière, c’est aussi un mystique : “Je voulais garder Dieu pour moi et j’en parle à toutes les pages”, écrit-il. Voilà un livre très attachant. CP

 

 

  Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat, de Joséphine Bacon, Ed. Mémoire d’encrier  - 2013

 

 

 

 

Née en 1947 dans la réserve indienne de Pessamit, la poétesse québecoise Joséphine Bacon a pour particularité d’écrire à la fois en français et dans la langue amérindienne innue-aimune, comme dans cette édition bilingue. Voix de la sagesse et de l’histoire innue, elle défriche de nouveaux territoires et fait résonner la voix des aînés, enseignant ainsi les valeurs, les mythes et les croyances des peuples des Premières Nations. A la différence de ses compatriotes uniquement francophones, dont les écrits s’aventurent rarement au-delà de la vallée du Saint-Laurent, elle nous fait parcourir, à la lumière du poème, des territoires inconnus et élargit son pays en nous initiant à la toundra et aux douces chansons de l’infini. L’horizon est ouvert avec tant de grâce et de naturel que nous lui sommes à jamais redevables de nous rappeler à l’essentiel : beauté, simplicité et volupté. Cet ouvrage est une bouffée de fraîcheur.

Chacun de ces petits poèmes est beau en lui-même. Mais c’est dans leur ensemble qu’ils se révèlent avec le plus de force : quand on a fini de les lire, on est vraiment dans l’ambiance et l’infini de la toundra. Le dépaysement est total, et cette écriture bilingue a quelque chose de magique. CP 

 

 

  Selected poems, de Mervyn Peake (inédit en français)

 

 

 

 

L’écrivain anglais Mervyn Peake est surtout connu en France pour sa Trilogie de Gormenghast, déjà évoquée ici même le mois dernier, et pour ses illustrations pleines de fantaisie (Alice au pays des merveilles, de Lewis Carroll, les Contesdes frères Grimm, Le dit du vieux marin, de S.T. Coleridge, ou encore L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde, de R.L. Stevenson).  Mais cet auteur aux multiples talents nous a aussi laissé une importante oeuvre poétique, dont une grande partie n’a été découverte et publiée qu’après sa mort prématurée en 1968, alors qu’il n’avait que 57 ans. Les amoureux de la langue anglaise ne peuvent qu’être séduits par son humour, toujours fondé sur un sens de l’absurde on ne peut plus britannique (Crocodiles,The trouble with geraniumsAunty Floet bien d’autres encore). Ses poèmes ne sont malheureusement pas traduits en français. Mais la chose est-elle vraiment possible ? 

 

Lire Mervyn Peake est toujours un régal. Souvent drôle, parfois poignante, sa poésie est parfaitement à l’unisson de ses illustrations, qui mêlent à merveille réalisme et fantaisie. Même les moins familiers de la langue anglaise consulteront avec bonheur le site qui lui est consacré (mervynpeake.org), où ils auront un aperçu de son remarquable talent pictural. SV

 

 

  La vie avec un trou dedans, de Philip Larkin, Ed. Thierry Marchaisse – 2011

 

 

 

 

Philip Larkin (1922-1985) est généralement considéré comme le poète anglais le plus important de la deuxième moitié du XXe siècle. En 2008, le Timesa même vu en lui le plus grand écrivain anglais depuis 1945. Son traducteur français Guy Le Gaufey mérite un coup de chapeau, car traduire la poésie sans la trahir n’est assurément pas facile.

Parallèlement à son importante oeuvre poétique, Philip Larkin a aussi effectué quelques incursions dans le roman (Jillet Une fille en hiver) et fut l’un des principaux critiques de jazz de son temps. L’homme a également pour particularité d’avoir refusé en 1984 le titre de Poet Laureate(poète officiel du royaume), pourtant considéré comme une distinction particulièrement importante au Royaume-Uni. 

 

Comme beaucoup de Britanniques, j’aime beaucoup Philip Larkin, dont la poésie réussit l’exploit de conjuguer une grande élégance avec une familiarité de langage qui  a parfois choqué certains lecteurs. Et son refus des honneurs ne peut que le rendre sympathique. A la différence de Mervyn Peake, au moins est-il assez largement traduit en français, et c’est tant mieux. SV

 

 

  Le dit du vieux marin, de Samuel Taylor Coleridge, Ed. José Corti - 1989

 

 

 

 

Coleridge (1772-1834) est, de même que son ami William Wordsworth (1770-1850), un des principaux auteurs du romantisme anglais. D’abord fervent admirateur de la Révolution française, il en deviendra rapidement un adversaire acharné, et se passionnera aussi pour la philosophie et la littérature allemande de son temps. Souvent écrite sous l’emprise de l’opium, dont il était dépendant, son oeuvre poétique lui valut une renommée telle qu’il obtint le titre de poète officiel de la Cour (assorti d’une confortable pension). Le dit du vieux marin(titre original The Rime of the Ancient Mariner) est l’une de ses oeuvres majeures. Ce très long poème, composé entre 1797 et 1799, décrit les aventures d'un marin qui, au cours d’un mariage, décrit les conditions surnaturelles dans lesquelles son navire a fait naufrage. C’est que l’homme a commis un crime : il a tué l’albatros qui, telle une apparition divine, avait surgi des brumes de l’Antarctique pour guider son bâtiment vers des eaux plus sereines. Dès lors, le navire errera de malédiction en malédiction, tel un vaisseau-fantôme, et le vieux marin en sera l’unique survivant. Pour pénitence, il sera contraint de parcourir le monde et de raconter son histoire, dont la morale, d'après lui, peut se résumer à «Nous devons aimer chaque créature que Dieu fait».

 

Ce poème est construit sur le thème de la fascination : celle du convive qui, en dépit de son irritation, invite le vieux marin au mariage où il racontera son histoire ; celle du marin meurtrier de  l’albatros qui vient pourtant de lui sauver la vie ; celle du marin devant ses camarades morts, ou devant les créatures fantastiques qui entourent son navire. Mais aussi celle du lecteur envers ce poème dont l’aspect fantastique (est-ce un effet de l’opium?) laisse une impression d’angoisse et de folie. Entre Cassandre et allégorie chrétienne, on y retrouve les thèmes chers à Coleridge, qui influencera par la suite Edgar Allan Poe, Howard Phillips Lovecraft ou Jean Ray. MM

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

 

Force est de le reconnaître : on ne lit plus guère de poésie, dont les auteurs ont  le plus grand mal à se faire éditer. Pourquoi ? En partie parce qu’avec le formidable développement des enregistrements sonores, la chanson en a pris le relais. Mais comment faire le tri dans ce gigantesque vivier ? Incapables de choisir, nous avons tiré d’un chapeau (haut-de-forme, pour plus de magie !) les noms de quelques grands auteurs mis en musique à notre époque. Le hasard étant de la partie, celui d’Aragon n’est pas sorti, bien qu’il soit de très loin le principal membre de ce cercle musico-littéraire. On ne s’étonnera pas que la quasi-totalité de ces adaptations remonte aux années 50 et 60, âge d’or de la chanson française. Mais en soi, ce choix est déjà arbitraire : il va de soi que beaucoup de chansons écrites comme telles (et non issues de poèmes) sont au moins aussi poétiques.  

 

 

 

Pierre de Ronsard (1524-1585). 

- Quand au temple nous serons (Guy Béart )

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Cette version des (assez lestes) Stances de Ronsarddate de 1966 et n’est pas la première : Philippe Clay en avait  chanté une autre quelques années plus tôt. Quoi qu’il en soit, pourquoi l’Histoire de la chanson française ne place-t-elle pas Guy Béart au niveau de ses contemporains Brassens, Ferré, Brel ou Barbara ? C’est injuste au vu à la fois de ses propres oeuvres et de ses adaptations, dont le Bal chez Temporel,chanson si parfaite qu’on peine à voir dans ses paroles un poème d’André Hardellet (Au Tremblay).  

 

François Villon (1431– ?)

- La Ballade des pendus (Serge Reggiani)

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On sait que la vie de François Villon fut mouvementée et recèle encore bien des zones d’ombre (mais était-il nécessaire de la noircir encore, comme le fait Jean Teulé dans le roman évoqué ici en son temps ?). D’abord joyeux fêtard du Quartier latin, il fut compromis dans d’audacieux cambriolages et surtout plusieurs rixes parfois meurtrières, au point d’échapper de justesse à la pendaison. Sa Ballade des pendusfut vraisemblablement écrite dans la prison où il attendait son exécution. Seule sa renommée, déjà grande à l’époque, lui permit de voir sa condamnation à mort commuée en bannissement en 1463. Dès lors, on perd sa trace.  Sombre à souhait, l’interprétation de Reggiani est une petite merveille de sensibilité. 

 

Félix Arvers (1806-1850) 

- Le sonnet d’Arvers (Serge Gainsbourg)

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Aujourd’hui oublié, Félix Arvers fut l’un des poètes et dramaturges les plus célèbres de son temps. A l’époque, le Sonnet d’Arversétait connu de tous. Certains universitaires l’estimèrent dédié à Adèle Hugo, qui se serait consolée dans les bras du beau Félix des nombreuses infidélités de son coquin de Victor. D’autres s’ offusquèrent avec véhémence de cette supposition. Nul n’en sait rien, et au fond, quelle importance?  A l’époque où il ne s’était pas encore mué en Gainsbarre/Mr Hyde, Serge Gainsbourg/dr Jekyll en publia cette version rock’n roll en 1961. Ce n’est certes pas son oeuvre majeure, mais plutôt une curiosité révélatrice de l’esprit provocateur qui l’animait déjà.  

 

Arthur Rimbaud (1854-1891)

- Sensation (Robert Charlebois)

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Rimbaud, qui traversa tel un météore l’Histoire de la poésie française, reste malgré le passage des décennies  l’auteur qui “parle” toujours le plus aux jeunes générations. Ce poème date de mars 1870, époque où “l’homme aux semelles de vent” n’avait pas encore commencé son orageuse aventure avec Paul Verlaine. Mâtinée de musique “country”, la version qu’en livra Robert Charlebois en 1969 lui donne un léger parfum d’Amérique auquel l’accent québecois du chanteur n’est pas étranger. On peut aussi rappeler que ce beau texte fut lu avec beaucoup d’émotion par Catherine Deneuve aux obsèques d’Agnès Varda.

 

Pierre Seghers (1906-1987)

- Tzigane (Hélène Martin)

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Pierre Seghers est aujourd’hui surtout connu pour son activité d’éditeur au service de la poésie française. Fondateur des collectionsPoètes d’aujourd’huiet Poésie et chansons, il eut l’audace d’y publier Léo Ferré, Georges Brassens et Jacques Brel à une époque où cela n’allait pas de soi. L’homme, qui avait été un grand résistant, avait côtoyé dans la clandestinité comme en littérature Aragon, Paul Eluard et Robert Desnos. Lui-même était aussi poète et auteur de chansons à ses heures (notamment pour Léo Ferré). Ce Tziganefut joliment mis en musique par Hélène Martin, qui consacra sa vie entière à l’adaptation de poètes tels qu’Aragon, Supervielle, Jean Genet et bien d’autres encore. Injustement oubliée, cette grande artiste maintenant nonagénaire  mérite un respectueux coup de chapeau.  

 

Francis Jammes (1868-1938)

- La prière (Georges Brassens)

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Francis Jammes est de ces auteurs dont les écoliers de ma génération découvraient le nom au bas de nos “récitations”, comme on disait alors (J’aime l’âne si doux, Marchant le long des houx…). Est-il encore enseigné de nos jours ? Ce n’est pas certain. L’homme passa le plus clair de sa vie loin de l’agitation parisienne, dans la campagne de ses chères Pyrénées. C’était aussi un fervent catholique, encore que la manière dont il exprimait son mysticisme ne convenait pas toujours à l’Eglise. A l’aube des années 1950, ce profil original plut à Georges Brassens. En véritable anarchiste, le grand Georges ne vit (peut-être) pas malice à utiliser pour cette douloureuse Prièrechrétienne la même musique que pour Il n’y a pas d’amour heureux, du très communiste Louis Aragon. Cela ne fit qu’accentuer la froideur de ce dernier à son égard : alors au faîte de sa gloire, le maître avait déjà peu apprécié qu’un saltimbanque eût amputé son oeuvre d’une strophe qu’il considérait essentielle (Et bien plus que de toi, l’amour de la patrie…). Deux des grands poètes du siècle venaient hélas de rater leur rencontre. 

 

Théodore de Banville (1823-1891)

- Le verger du roi Louis (Georges Brassens)

ici interprété par Joël Favreau

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Ami de Victor Hugo, Charles Baudelaire et Théophile Gautier, Théodore de Banville accueillit aussi avec bienveillance à Paris Arthur Rimbaud. Ce qui n’empêcha pas ce dernier de multiplier ses critiques contre l’école poétique du Parnasse, dont de Banville était un membre particulièrement renommé. L’homme était aussi dramaturge. En 1866, sa comédie historique Gringoire(dédiée à Victor Hugo) fut ainsi jouée au Théâtre français. L’oeuvrette n’a guère laissé de traces. A l’exception d’une Ballade des pendusque le poète Gringoire y déclame devant deux bourgeois ; ce sont en réalité Louis XI et son terrible conseiller Olivier Le Daim, dont le surnom d’Olivier Le Diable se passe de commentaires. Dans la pièce, les vers de la ballade étaient entrecoupés de répliques. Il suffit à Georges Brassens de supprimer celles-ci pour reconstituer le poème, qu’il mit en musique en 1960 sous le titre Le verger du roi Louispour éviter toute confusion avec François Villon.  Mais l’histoire ne s’arrête pas là : en 2011, Joël Favreau, ancien guitariste de Brassens, enregistra à Beyrouth cette nouvelle version. Aussi étonnante que peu connue, elle prend une coloration très orientale grâce aux instruments utilisés par les musiciens libanais. Elle figure sur le disque Brassens autour du monde, publié l’année suivante.   

 

Gérard de Nerval (1808-1855)

- Le rock de Nerval (Serge Gainsbourg)

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Déterminé à conquérir l’actrice Jenny Colon, Gérard de Nerval entreprit d’écrire pour elle l’opéra comique Piquillo, dans lequel il lui donnait évidemment le premier rôle. Dépassé par l’ampleur de la tâche, il appela à la rescousse son grand ami Alexandre Dumas, et l’oeuvre finit par être jouée en 1837 à Paris, puis trois ans plus tard à Bruxelles, sur une musique d’Hippolyte Montpou. La belle Jenny épousa… quelqu’un d’autre, et Nerval se consola avec la pianiste virtuose Marie-Félicité Moke-Pleyel (qui, excusez-nous du peu, fascina aussi notamment Berlioz, Chopin, Liszt, Félix Arvers mentionné plus haut ou Delacroix). L’amitié avec Nerval eut pour Dumas une conséquence extrêmement importante : c’est par son intermédiaire qu’il rencontra en 1838 Auguste Maquet, avec lequel il écrivit tous les grands romans historiques qui devaient faire sa gloire. Serge Gainsbourg exhuma Piquillopour en tirer ce Rock de Nerval, dont il serait intéressant de comparer la partition à celle de Montpou (lequel mit aussi en musique le Gastibelzade Victor Hugo, bien avant Georges Brassens). Ecrite pendant ce que Gainsbourg lui-même appela sa “période bleue”, la chanson figure sur le même disque que le Sonnet d’Arvers

 

Louise Labé (1524-1566)

- Je vis, je meurs (Hélène Martin)

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Est-ce par misogynie que nos manuels scolaires ne disent pas un mot de Louise Labé, alias “la belle cordière”, alors qu’ils consacrent des pages et des pages à ses contemporains Ronsard et Du Bellay ? On sait peu de choses de la poétesse, qui vécut toute sa courte vie à Lyon. Certains universitaires assurent même que son oeuvre entière serait une mystification due au poète Maurice Scève, chef de file de l’Ecole lyonnaise, qui vivait à la même époque. Mais pourquoi diable une telle supercherie aurait-elle été imaginée ? Quoi qu’il en soit, les poèmes de Louise Labé prouvent, encore plus que ceux de Ronsard, que l’époque n’avait rien de pudibond. Peut-être est-ce justement pour cette raison qu’elle reste si méconnue. On le constate tout particulièrement dans le torrideBaise m’encore(dont le titre ferait ricaner les collégiens actuels), aussi mis en musique par Hélène Martin.

 

Alphonse Allais (1854-1905)

- Complainte amoureuse

(Juliette Gréco, sur une musique de Yani Spanos)

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Plutôt journaliste et pamphlétaire que véritablement poète, Alphonse Allais fit de sa vie un immense éclat de rire. Facétieux et bon vivant, il ne reculait jamais devant un canular ou un bon mot, tant il considérait  que “les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux”. Tout en estimant que “la mort est un manque de savoir-vivre”, lui-même disparut à 51 ans à peine, et la trop bonne chère y fut sans doute pour beaucoup. Cette réputation d’humoriste perpétuel cachait pourtant des activités très scientifiques : l’homme mena des recherches approfondies sur la photographie en couleurs et déposa dès 1881 le brevet d’invention du café lyophilisé !  Sa Complainte amoureuse, dont Juliette Gréco savoure chaque syllabe, est un modèle du genre. On devrait la donner en exemple aux écoliers tétanisés par les affres du passé simple et du subjonctif imparfait. 

 

Charles Cros (1842-1888)

- Sidonie (Brigitte Bardot, sur une musique de Jean-Marc Rivière et Yani Spanos)

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Grand ami d’Alphonse Allais, Charles Cros était lui aussi un scientifique. Il travailla notamment sur la reproduction des sons, mais fut coiffé sur le poteau par Edison, dont le phonographefut mis au point avant que lui-même ne parvienne à réaliser son paléophone. Ces recherches expliquent que son nom ait été donné à l’Académie récompensant chaque année les plus talentueux des auteurs-compositeurs-interprètes  (Georges Brassens, Anne Sylvestre, Barbara, Jacques Brel figurent parmi les lauréats). Lui aussi joyeux drille et poète, il participa à des cercles aussi fantaisistes que ceux des Zutistes, des Vilains Bonshommesou des Hydropathes. On lui doit des poèmes parfois gentiment coquins, tel ce Sidonieconvenant si bien à Brigitte Bardot. Issu du recueil Le coffret de santal(1875), il fut mis en musique pour le film Vie privée, de Louis Malle (1962). SW

 

Un grand merci à Serge pour la réalisation des compte-rendus du Cercle de Lecture.

 

 

Le prochain cercle de lecture

aura lieu le samedi 18 mai 2019

Thème : la BD