CDL D'OCTOBRE 2019

 

 

 

 

 

 

Le cercle de lecture d’octobre a pour thème « les coups de cœur de la rentrée »

 

 

Côté musical, mon petit coup de cœur de la rentrée est pour le groupe « Les goguettes (en trio, mais à quatre)», qui sait comme personne transformer en éclats de rire les grandes chansons du répertoire français. Son appropriation d’« Emmenez-moi» (Charles Aznavour) est un pur régal. cliquez ici SW

 

 

 Violante, Marrane de Toulouse, de Geneviève Furnémont, Ed. Bahia Consulting (2011)

 

 Geneviève Furnémont est guide conférencière de la vile de Toulouse deputise 25 ans.

 

 

Petit rappel: par le décret de l’Alhambra, les Juifs sont expulsés d’Espagne en 1492. Certains choisissent pour refuge le Portugal, mais en sont à nouveau expulsés en 1496, qu’ils y soient établis de longue date ou fraîchement arrivés d’Espagne. L’année suivante, le roi Manuel transforme l’expulsion en conversion forcée. Mais c’est plus d’une génération plus tard, en 1540, que l’Inquisition organise le premier autodafé. Pendant les deux siècles qui suivent, les Juifs d’Espagne et du Portugal pratiquant toujours secrètement leur religion (les Marranes : porcs en espagnol) vont fuir la péninsule et s’établir parfois en France, mais plus souvent aux Pays-Bas ou en Angleterre.

 

Toulouse début du XVIIe siècle. Chassée du Portugal par les tribunaux de l’Inquisition, Violante de Castro arrive à Toulouse. Elle fait partie des marranes convertis de force et secrètement fidèles à leur religion. Curieuse et dotée d’une beauté incontestable comme d’un tempérament de feu, elle sèmera folie sentimentale et sexuelle avant de provoquer la mort de son entourage. Dans la ville rose, en chantier après l’apogée du pastel et dévorée par la lutte contre les hérétiques, Violante de Castro rencontrera Goudouli et Montmorency, et verra son destin scellé par Henri IV.

 

Dans les polars, la première page est souvent déterminante pour «accrocher» le lecteur et l’inciter à poursuivre sa lecture. Dans Violante, marrane de Toulouse, c’est réussi. Le premier chapitre est terrible et la fin l’est encore plus, tant ils sont marqués par l’intolérance et la haine. Geneviève Furnémont a su glisser avec habileté dans le récit des éléments historiques sans qu’ils soient pesants ou pédants, et surtout, sans couper le rythme de la lecture. Certains détails sur le quotidien de la vie à cette époque : le marché, lorsque Jeanne prépare un festin, nous révèle à quel point la romancière est amoureuse de Tolosa ! Ce polar historique est un petit chef-d’œuvre ! DM

 

 

 L’Evangile selon Yong Sheng, de Dai Sijie, Ed. Gallimard (2019)

 

 

 

 

Dans un village proche de la ville côtière de Putian, en Chine méridionale et au début du XXe siècle, Yong Sheng est le fils d’un menuisier-charpentier fabriquant des sifflets pour colombes particulièrement réputés : accrochés aux rémiges des oiseaux, ils font entendre de merveilleuses symphonies lorsque ceux-ci tournoient au-dessus des maisons. Placé en pension chez un pasteur américain, le jeune Yong Sheng va suivre l’enseignement de May, fille de celui-ci et institutrice de l’école chrétienne. C’est elle qui fera naître sa vocation: tout en fabriquant des sifflets comme son père, Yong Sheng décide de devenir le premier pasteur chinois de la ville. Marié de force pour obéir à de vieilles superstitions, Yong Sheng étudiera la théologie à Nankin et, après bien des péripéties, reviendra à Putian pour une brève période de bonheur. Mais tout bascule en 1949 avec l’avènement de la République populaire, début pour lui-même comme pour bon nombre de Chinois d’une ère de tourments qui culmineront lors de la Révolution culturelle.

 

La vie de Shong Yeng nous en apprend beaucoup sur l’évolution de la société chinoise au XXe siècle (la pauvreté, la Révolution culturelle, la place de la religion…). Ce livre m’a d’abord paru assez inégal. Je n’entrais pas dans certains épisodes, mais cela venait peut-être de ma difficulté à entrer dans une culture si éloignée de la nôtre. Puis, progressivement, cette épopée m’a captivée. J’avais envie de mieux connaître non seulement Yong Sheng, mais aussi tous les autres personnages, de découvrir leur mystère. Le “final” est éblouissant. Ce sont les plus belles pages que j’ai lues. Les pensées de Yong Sheng au moment de sa mort, quelle sérénité ! CP

 

 

 La symphonie du hasard, de Douglas Kennedy, Ed. Belfond (3 volumes, 2017-2018)

 

 

 

 

C'est sous la forme d'une trilogie que Douglas Kenney, le plus français des romanciers américains, nous propose de suivre la vie de la famille Burns, et en particulier d’Alice, la narratrice, des années 1960 à la fin du XXe siècle. Dans un récit riche en références musicales et littéraires, nous assistons au destin de cette jeune fille new-yorkaise. Mais pas seulement : sur un arrière-fond de génération hippie et de vague conservatrice aux États-Unis, d’impérialisme libéral en Amérique du Sud et de violences armées en Europe, la petite histoire rencontre la grande. Douglas Kennedy interroge la complexité du monde. Et même si l'intrigue s'essouffle par moments, la persévérance est finalement récompensée par une fresque très attachante qui nous fait voyager d’un continent à l’autre, d’une étape de vie à une autre, pour déboucher sur « l’espace grand ouvert » (son titre en anglais) : l’avenir, avec ses incertitudes et «la symphonie du hasard qui égrène toujours ses notes”.

 

Les trois tomes de ce récit –qui présente bien des ressemblances avec le parcours personnel de Douglas Kennedy– sont toujours extrêmement entraînants, au point d’en devenir quasi-addictifs pour le lecteur. On se passionne pour les secrets de famille, thème récurrent chez le romancier américain, savamment distillés au fil des chapitres. SV

 

 

 A la recherche de Moby Dick, BD de Sylvain Venayre et Isaac Wens, Ed. Futuropolis (2019)

 

 

 

 

Moby Dick, d’Herman Melville, est un monument de la littérature universelle. Traduit dans presque toutes les langues et infiniment commenté, il a inspiré d’innombrables interprétations. Produit d’un travail de huit années et parue à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance d’Herman Melville, celle-ci est particulièrement innovante et ambitieuse. Les adaptations précédentes se limitent généralement à la folle quête du capitaine Achab, alors que presque la moitié du roman de Melville est consacrée à tout autre chose. Le drame vécu par Achab et son équipage y sert surtout à illustrer des considérations érudites, bibliques, morales et mythologiques sur cet animal fantastique qu’est le cachalot, et sur ce qu’il représente. La bande dessinée de Venayre et Wens tente de restituer l’oscillation fondamentale, si profondément ressentie par Melville, entre le désir de raconter une histoire et le souci de disserter sur un mystère. C’est un impressionnant roman graphique de 200 pages aussi captivant que complexe.

Quoi de mieux que la bande dessinée pour nous faire pleinement ressentir la force visuelle qui se cache derrière les mots du roman d’origine ? Isaac Wens délivre un travail magistral. Son dessin est brut, fondu dans des couleurs cuivrées dans lesquelles les rictus et le regard des personnages viennent nous pétrifier, et dont le style souligne l'impétuosité de cette chasse tragique. Quant à l’approche scénaristique de Sylvain Venayre, elle donne aussi davantage de cœur à ce récit, comme si l'obsession d’Achab venait transcender le temps jusqu'à nos jours.

 

 

Ce livre est magnifique. On est pris dans ces pages, à bord du Pequod, et l'on suit le journaliste et son invité, imaginés par Sylvain Venayre, dans leur enquête autour de Moby Dick. De ce fait, l'adaptation est géniale et passionnante. Aussi intelligent qu'épique, aussi réfléchi que puissant, À la recherche de Moby Dick offre une relecture à plusieurs niveaux du principal ouvrage de Melville, auquel il délivre un véritable hommage, sérieux et grave. MM

 

 

 L’âge de la lumière, de Whitney Scharer, Ed. de l’Observatoire (2019)

 

 

 

 

En 1929, la jeune Américaine Lee Miller arrive à Paris. Mannequin belle comme le jour, elle rêve pourtant de passer derrière l’objectif, tant elle est animée d’une unique obsession: l’art de la photographie. Presque par hasard, Lee attire l’attention de l’illustre Man Ray, qui gravite dans le Montparnasse surréaliste des artistes les plus extravagants de l’époque. Entêtée, la jeune femme réussit à le convaincre de lui donner sa chance. Elle deviendra l’assistante, l’élève, puis l’amante du grand photographe. Dans l’intimité de la chambre noire, leur art et, très vite, leurs corps se lient et s’unissent. Mais alors que Lee se révèle une artiste hors pair, Man, jaloux maladif et génie égocentrique, ne peut bientôt plus supporter l’ascension de celle à qui il a tout appris.
Des cabarets du Paris bohème aux champs de bataille d’une Europe déchirée par la Seconde Guerre mondiale, de la découverte de techniques de photographie révolutionnaires à l’immortalisation de la libération des camps de concentration, Lee Miller s’impose comme une artiste absolue, une femme hors du commun, mais aussi une héroïne tragique rongée par le secret d’un passé dramatique.

 

J’ai découvert Lee Miller (1907-1977) voici quelques années, lors d’une exposition de ses oeuvres si méconnues. Elle m’avait inspiré une telle admiration que je me suis précipité sur ce premier roman inspiré par sa vie. Surtout consacré à sa poignante histoire d’amour avec Man Ray –qui fut son Pygmalion et dont elle fut la muse-, il évoque aussi l’incroyable destin de celle qui, après un parcours apparemment futile et extravagant, fut la seule femme photographe de guerre accréditée auprès de l’armée américaine. Et quelle photographe ! Des furieux combats de Saint-Malo à l’épouvantable découverte des ca<mps de la mort, ses clichés sont autant de précieux témoignages sur cet effroyable conflit dont elle revint marquée à jamais. Le roman est passionnant. Je regrette simplement qu’il ne soit pas illustré par les très nombreuses photos auxquelles il fait allusion. On les trouvera facilement sur internet. Chapeau bas, madame, vous avez droit à tout notre respect. SW

 

Prochain cercle de lecture

samedi 16 novembre 2019

10H30

Thème : les 5 sens